H-France Review Vol. 3 (April 2003), No. 38
Martin S. Alexander, Martin Evans, and J.F.V. Keiger, Eds. The Algerian War and the French Army, 1954-1962: Experiences, Images, Testimonies. Basingstoke and New York: Palgrave McMillan, 2002. xi + 269 pp. Notes, appendix on witness testimonies, and index. $75.00 U.S. (cl.). ISBN 0-333-77456-6.
Compte-rendu par Sylvie Thénault, L’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) CNRS.
Ce livre rassemble les interventions présentées à l’université de Salford en 1996, à l’occasion d’une table ronde dirigée par Martin S. Alexander, Martin Evans, et J.F.V. Keiger. Leur ambition était de promouvoir une version plurielle, nuancée, de l’histoire de la guerre d’Algérie.
La première partie se veut une histoire résolument militaire. Les contributions exploitent les archives du Service historique de l’armée de terre qui venait de mettre à la disposition du public ses premiers inventaires sur la guerre d’Algérie, en 1992. Certaines d’entre elles élargissent le sujet dans le temps et dans l’espace. Martin Shipway, qui commence son étude en 1944 permet ainsi de reprendre l’histoire de la politique coloniale française à partir de Brazzaville et de décloisonner son étude qui est menée, la plupart du temps, dans des espaces géographiques très délimités. De même, Alexander J. Zervoudakis présente la continuité des stratégies entre la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. Les leçons tirées de la première ont en effet servi à conduire la seconde. En France, la comparaison entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie mériterait l’organisation d’un colloque, même si elle a été l’objet de certaines interventions au colloque organisé en l’honneur de Charles-Robert Ageron à la Sorbonne en 2000.[1] Enfin, l’article de Martin Evans sur les harkis envisage la période de l’après-guerre ainsi que leur traitement, en France et en Algérie, depuis 1962. Eckard Michels, Jacques Frémeaux et Jean-Charles Jauffret se concentrent, en revanche, sur la période de la guerre.
L’importance de la partie consacrée aux représentations, dans cet ouvrage, reflète l’état des sources disponibles en 1996. En effet, cette partie est la plus fournie car, à cette époque, la recherche historique sur la guerre d’Algérie se faisait beaucoup plus facilement sur des sources publiées, imprimées, iconographiques, que sur les archives publiques. L’analyse des représentations pouvait alors apparaître comme une solution de repli pour le chercheur intéressé par la guerre d’Algérie. L’étude des représentations repose cependant sur une richesse : l’hétérogénéité des sources utilisées. Mohammed Khane a ainsi travaillé sur la presse, Nacéra Aggoun sur le matériel de propagande, Michael Brett sur la littérature, Philip Dine, Hugh Roberts et Brigitte Rollet sur les films. Cette partie ouvre également sur d’autres disciplines que l’histoire. Bernard W. Sigg, en psychanalyste, tente ainsi un parallèle audacieux entre les progrès du contrôle des naissances et les événements de la guerre. L’intérêt de cette partie est surtout de croiser les points de vue, français et algériens, évidemment, mais aussi anglo-saxons avec Michael Brett. Le point de vue international de l’ouvrage, qui rassemble des auteurs maghrébins, français et anglo-saxons, en est renforcé.
Cependant, même si les auteurs n’en sont pas responsables, il est un peu dommage que cette publication intervienne six ans après l’organisation de la rencontre à l’université de Salford. En effet, des aspects novateurs à l’époque, en 1996, le sont moins aujourd’hui. Les témoignages sont ainsi présentés comme une première. Il est vrai, comme le font remarquer les organisateurs, que Paul-Alain Léger et Georges Mattéi sont décédés depuis. Mais, en ce qui concerne les militaires, le SHAT a entrepris d’enregistrer et d’archiver les témoignages de très nombreux acteurs de la guerre d’Algérie, consultables par tout chercheur. Ces témoins militaires sont aussi très présents aux colloques et séminaires universitaires, auxquels ils participent et prennent la parole. André Mandouze a, de même, publié ses mémoires, comme le signale une note à la fin de son témoignage.[2] Des constatations similaires peuvent être faites pour les autres parties du livre. L’étude de Jacques Frémeaux sur le Sahara a en effet donné lieu à une publication plus détaillée en français et celle de Jean-Charles Jauffret ne présentait, en 1996, qu’une esquisse de son livre consacré aux appelés.[3] La question des harkis, enfin, a fait l’objet de nouvelles publications, dans des optiques d’ailleurs divergentes : un livre de Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou ainsi qu’un article important de Charles-Robert Ageron.[4]
Plus généralement, l’ouverture des archives du SHAT a permis de faire progresser la connaissance des aspects militaires de la guerre d’Algérie. Quelques colloques, notamment, ont mesuré le chemin parcouru en faisant, assez régulièrement, un état des recherches en cours. Plusieurs contributions à la table ronde « La guerre d’Algérie et les Algériens », organisée par Charles-Robert Ageron à l’IHTP dès mars 1996, utilisaient déjà les archives du SHAT.[5] Puis, deux autres colloques, à l’initiative du Centre d’Etudes et d’Histoire de la Défense (CEHD) ont plus systématiquement reposé sur l’exploitation de ces archives militaires.[6] Les intervenants de la partie « Expériences » de cet ouvrage pourraient être, aujourd’hui, bien plus nombreux. Par ailleurs, les archives civiles ont, elles aussi, été explorées par les chercheurs. De nombreux travaux universitaires, récemment soutenus ou en cours, montrent à quel point les sources de l’histoire de la guerre d’Algérie se sont développées et diversifiées : outre le SHAT, le Centre des archives d’outre-mer (CAOM), le ministère de la Justice, celui de l’Economie et des Finances, celui de l’Intérieur, les entreprises privées… recèlent une masse de documents qui ont permis un enrichissement de l’historiographie.[7]
Martin S. Alexander, Martin Evans, et J.F.V. Keiger ont bien mis à jour les références bibliographiques citées en note dans leur texte de présentation, mais cette historiographie est en train d’opérer une mutation difficile à saisir. Elle rend vite caduques des entreprises collectives présentant des travaux en cours au moment où ils ont été exposés. L’ambition même des organisateurs, restituer la guerre d’Algérie dans toute sa pluralité et ses nuances, progresse donc. On ne peut que s’en féliciter.
LIST OF ESSAYS
Martin S. Alexander, Martin Evans and J.F. Keiger, “The ‘War without a name’, the French Army and the Algerians : Recovering Experiences, Images and Testimonies.”
Part I Experiences
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Alexander J. Zervoudakis, “From Indochina to Algeria : Counter-Insurgency Lessons.”
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Martin Shipway, “Algeria and the ‘Official Minds’: The Impact of North Africa on French Colonial Policy South of the Sahara, 1944-1958.”
- Jacques Frémeaux, “The Sahara and the Algerian War.”
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Eckard Michels, “From One crisis to Another : the Morale of the French Foreign Legion during the Algerian War.”
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Jean-Charles Jauffret, “The War Culture of French Combatants in the Algerian Conflict.”
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Martin Evans, “The Harkis: †he Experience and Memory of France’s Muslim Auxiliaries.”
Part II Images
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Philip Dine, “Anglo-Saxon Literary and Filmic Representations of the French Army in Algeria.”
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Hugh Roberts. “The Image of the French Army in the Cinematic Representation of th Algerian War: The Revolutionary Politics of The Battle of Algiers.”
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Michael Brett, “The Algerian War through the Prism of Anglo-Saxon Literature, 1954-66.”
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Mohammed Khane, “Le Monde’s coverage of the Army and Civil Liberties during te Algerian War, 1954-58.”
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Nacéra Aggoun, “Psychological Propaganda during the Algerian War Based on a Study of French Army Pamphlets.”
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Brigitte Rollet, “Remembering the Algerian War: Memory/ies and Identity/ies in Téchiné’s Les Roseaux Sauvages.”
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Bernard W. Sigg, “The Children of the Occupation and Colonial Ideology.”
Part III Witness Testimonies
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Officer Corps Veterans (General Alain Bizard, Colonel Henri Coustaux, Major Paul-Alain Léger)
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Anti-War Activists (Professor André Mandouze, Georges Mattéi, Dr. François Sirkidji)
NOTES
[1] Publié sous le titre La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises (Paris: Société française d’histoire d’outre-mer, 2000).
[2] Mémoires d’outre-siècle, 2 vols. (Paris: Viviane Hamy, 1998 et 2000).
[3] Jacques Frémeaux, "La guerre d’Algérie et le Sahara" dans La guerre d’Algérie et les Algériens, Charles-Robert Ageron (dir.) (Paris: Armand Colin, 1997), pp. 93-109. Sur les appelés, cf. Jean-Charles Jauffret, Soldats en Algérie, 1954-1962: Expériences contrastées des hommes du contingent (Paris, Autrement, 2000).
[4] Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, Les Harkis, une mémoire enfouie (Paris, Autrement, 1999); Charles-Robert Ageron, "Le ‘drame des harkis’: mémoire ou histoire?" Vingtième Siècle: Revue d’Histoire, n°68, octobre-décembre 2000, pp. 3-16.
[5] Publiée chez Armand Colin en 1997, op. cit.
[6] Le premier, sous la direction de Jean-Charles Jauffret et Maurice Vaïsse, tenu en mai 2000, a été publié sous le titre Militaires et guérilla dans la guerre d’Algérie, aux éditions Complexe en 2001. Le second, Hommes et femmes en guerre d’Algérie, s’est déroulé en octobre 2002.
[7] Sans être exhaustive, on peut citer les travaux de Daniel Lefeuvre sur les aspects économiques de la guerre, puis sur les Français d’Algérie; ceux de Claire Mauss-Copeaux sur les appelés, de Raphaëlle Branche sur les violences de la guerre, de Sylvie Thénault sur la justice et l’internement, de Laure Pitti sur Renault-Billancourt, de Tramor Quémeneur sur les insoumis, de Diane Sambron sur les femmes.
Sylvie Thénault
L’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) CNRS
thenault@ihtp.cnrs.fr
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H-France Review Vol. 3 (April 2003), No. 38
ISSN 1553-9172